La crise qui décime la famille du football togolais a connu cette semaine un nouvel épisode avec l'annonce avortée de la réhabilitation du bureau dissout de la Fédération Togolaise de Football par le Ministre des Sports Antoine Folly. Au cours d'une conférence de presse animée lundi après-midi à l'Hôtel Ibis à Lomé, le patron de l'UDS-Togo qui hérite d'un portefeuille délicat a dû, selon plusieurs sources, battre en retraite dans son désir de trouver une solution au sempiternel déchirement des dirigeants du football togolais. « La vocation du ministère des Sports n'est pas de décider à la place des électeurs que vous êtes », avait-il annoncé aux présidents des ligues et de clubs qu'il avait invités pour la circonstance. « Dans mon entendement, la résolution de la crise que traverse notre football doit se faire avec les acteurs. Et je souhaite qu'entre vous, vous vous retrouviez, pour réfléchir à des solutions qui permettront d'améliorer la situation de notre football », a-t-il en outre conseillé.
En réalité, il s'agit d'une famille déjà bien en lambeaux qui s'était retrouvée à l'Hôtel Ibis. Les uns furieux contre les autres pour les positions prises dans ce puant dossier qui fait une nouvelle fois du Togo la risée du monde. « ... Nous vous donnons soixante douze heures pour que le pays sorte de cette ***, pour que nous puissions reprendre notre droit chemin de la league de champion. Si vous ne le faites pas rapidement, en soixante douze heures, nous allons nous lever et vous taper », a lancé en guise de menace, M. Auguste Sagbo d'Agaza en direction du tandem Antoine Folly – Bernard Walla qu'il a pris soin de citer nommément.
Bien que beaucoup pensent qu'il s'agit d'une plaisanterie, elle n'est pas l'effet du hasard mais plutôt symptomatique de la tension entre ces deux hommes. Bernard Walla, le Président du Comité Provisoire de Gestion mis en place après que les membres du bureau furent incapables de s'entendre suite à la sanction à vie du président élu, Tata Avlessi pour tentative de corruption, n'approuve pas toujours les approches de solution d'Antoine Folly.
Le comité « s'indigne encore une fois des errements persistants de certaines personnes qui pensent être en droit de convoquer ou d'inviter les présidents de ligues, de clubs de D1, D2, D3 en ignorant l'organigramme », a indiqué un communiqué du CPG en date du 25 janvier. Ce communiqué s'insurge ainsi contre l'invitation du ministre qui a abouti à la rencontre de lundi dernier et à laquelle Bernard Walla a également étonnement pris part au côté du ministre à la table d'honneur.
« En vertu de l'article 1 alinéa 2 et de l'article 73 alinéa 6 des statuts de 1994, seule la FTF – que le CPG remplace NDLR – est habilitée à convoquer ses membres affiliés que sont les ligues, les districts et des clubs de D1, D2 et D3 », a en outre indiqué le communiqué qui termine en précisant que « le CPG ne s'associe pas à la démarche du ministre de la jeunesse des Sports et des Loisirs et informe ses membres affiliés au respect scrupuleux des statuts ». Une façon sans doute pour le CPG de retourner la monnaie au ministre qui, depuis son arrivée à la tête du département, remet en cause sa légitimité et sa reconnaissance par la FIFA. Mieux, il ne cache pas sa préférence pour le retour de l'ancien bureau dont l'arrêt de mort est consacré par la mise en place du CPG.
Plusieurs sources estiment à ce jour que la tendance actuelle au niveau de la FIFA, qui est celle du retour aux affaires de l'ancien bureau n'est rien d'autre que la volonté du ministre qui a pris fait et cause pour le vice-président Améyi à qui ce retour doit profiter. Ce qui explique ses déplacements répétés ces derniers temps en direction d'Accra où se trouvent actuellement les dirigeants de la CAF et de la FIFA à la faveur de la CAN. Si les rumeurs selon lesquelles le Chef de l'Etat Faure Gnassingbé se serait opposé à la solution du ministre se confirment, nul doute que l'arrivée d'une mission de la CAF et de la FIFA annoncée par le ministre lundi dernier serait la voie royale pour sortir le football togolais de ce bourbier.
Comment en est-on arrivé là ?
En effet, nommé à la tête du Ministère de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs, Antoine Folly, face à la crise qui secoue la Fédération Togolaise de Football, a préconisé une feuille de route basée sur la réconciliation entre les deux camps antagonistes et toutes les personnes qui y sont impliquées. La déclaration du n°1 du Département de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs fait état de ce que le délai du Comité Provisoire de Gestion de la crise devrait prendre fin le 26 janvier dernier et que, n'ayant pas pu organiser les élections dans le délai imparti,- il faut trouver une solution qui puisse régler cette crise. La déclaration de Antoine Folly fait savoir également que l'instance dirigeante du football mondial à savoir la FIFA ne reconnaît pas le CPG. Il faut rappeler au passage que, le CPG est une émanation du gouvernement togolais donc de Faure Gnassingbé.
Suite aux déclarations du Ministre Antoine Folly, M. Bernard Walla a dans une autre déclaration, réagi au nom du CPG pour dénoncer le comportement de son Ministre de tutelle. Selon Bernard Walla, le CPG est reconnu par la FIFA.
Devant ce dilemme, qu'est-ce qu'il faut faire ? En effet, saisi du problème, les deux parties Antoine Folly et Bernard Walla se sont finalement retrouvées chez le chef de l'Etat Faure Gnassingbé le lundi 28 janvier 2008.
Selon nos informations, le Ministre Antoine Folly a fait savoir, documents à l'appui, au chef de l'Etat, que la FIFA ne reconnaît pas le Comité de Gestion Provisoire qu'il a mis en place et dirigé par Bernard Walla.
Faux ! Rétorque Walla qui sort également de sa valise une pile de documents pour prouver à Faure Gnassingbé que la FIFA reconnaît le CPG.
Le chef de l'Eta confus, a tout simplement demandé aux deux parties de rentrer et qu'il va vérifier l'information auprès des responsables de la FIFA. Rendez-vous a été donné à Bernard Walla et à Antoine Folly le mardi 29 janvier 2008, le temps de connaître la légitimité du CPG auprès de la FIFA avant de trancher.
D'après nos sources, le Chef de l'Etat aurait effectivement pris contact avec la direction de la FIFA. Faure Gnassingbé aurait parlé au Secrétaire Général de la FIFA M. Jérôme Valcke. Selon des indiscrétions, ce dernier aurait déclaré que son institution ne reconnaît pas le CPG. Vrai ou faux ? Nous ne saurions le dire. On s'attendait à connaître les résultats de cet entretien le mardi 29 janvier. Mais pris par le Conseil des Ministres et d'autres obligations, cela n'a pu avoir lieu.
Le mercredi 30 janvier 2008 Faure Gnassingbé s'est envolé pour Addis-Abéba où il devrait prendre part au sommet de l'UA. Pendant ce temps, la crise persiste.
Pour véritablement trancher, il faut que les deux parties Antoine Folly et Bernard Walla prouvent, à l'opinion, la reconnaissance ou non du CPG par la FIFA. Dans tous les cas, le peuple veut savoir où se trouve la vérité, preuve à l'appui.
L'approche de solution
1-Pour notre part, il y a nécessité de ne pas se mettre à dos la FIFA. Si la FIFA a proposé des schémas, nos dirigeants doivent tout faire pour accepter le schéma qu'ellle propose afin d'éviter des surprises désagréables. Si nos dirigeants ont des schémas à proposer, il serait souhaitable que la solution à mettre en ½uvre soit définie en concertation avec la FIFA. Puisque, rien ne peut se faire sans la FIFA.
2-Vu l'ampleur de la crise togolaise, il y a nécessité de réconcilier les acteurs de la FTF, totalement divisés. Il ne s'agit pas de réconcilier seulement le bureau de la FTF mais de réconcilier tous les acteurs du football.
3-Il y a nécessité de replacer le football au c½ur des préoccupations des acteurs.
D'après certaines sources, la solution de réhabilitation du bureau serait une exigence de la FIFA. Si l'information est vraie, comment en est-on arrivé là quand on sait que le camp Tata frappé par la sanction et le camp Améyi décrié, ne s'entendent pas.
Dans le cadre de la réhabilitation de l'ancien bureau, il est vrai que si Tata Avlessi est blanchi par la FIFA, il devient automatiquement Président de la FTF et reprendra sa place. La question reste de savoir si le TAS peut blanchir Tata Avlessi.
Pour plusieurs observateurs, il serait difficile que le TAS blanchisse Tata Avlessi. Tout au plus, on peut lui alléger la peine. C'est dire que quelle que soit la peine, Tata Avlessi ne peut plus revenir à la FTF, du moins pour cette année.
C'est pourquoi plusieurs observateurs pensent qu'en choisissant la voie de la réhabilitation de l'ancien bureau, le Ministre Antoine Folly tranche en faveur de Améyi.
En cette période sensible de la crise, Gabriel Améyi qu'on ne présente plus est-il l'homme qu'il faut à la place qu'il faut ? La question reste posée.
Devant ce dilemme, il y a lieu de balayer tout ce monde afin de créer une nouvelle dynamique dans la FTF.
Le Chef de l'Etat qui a expérimenté la voie de la réconciliation avec les acteurs politiques à travers l'Accord Politique Global peut trouver la solution à cette crise. Si le CPG que Faure a mis en place n'est pas reconnu par la FIFA, il revient à tous les Togolais de conjuguer leurs efforts, sans état d'âme, pour trouver la solution. L'essentiel est de faire en sorte que notre pays ne soit suspendu d'aucune compétition sur le plan international. Les yeux du monde entier étant rivés sur notre pays, nous devons tout faire pour sauver notre fédération. Pour l'heure, on attend la solution du président Faure pour nous prononcer.
AMOU
TOGOFORUM